Focus Technologie et Transport - Nouvelle "Smart ID Card" : progrès et inquiétudes. (28/01/2015)

Article rédigé le 28/01/2014

PNG

Si en France l’instauration d’une carte d’identité nationale électronique sécurisée (INES) a fait scandale au point d’être suspendu, à Hong Kong ce type de carte "biométrique" est généralisé depuis 2003. Le projet du gouvernement hongkongais de renouveler ces "smart ID cards" d’ici quatre ans soulève cependant des inquiétudes.

C’est en 1949 que les premières cartes d’identités hongkongaises ont été émises, alors que le territoire (encore anglais) faisait face à une large affluence de migrants venus de la Chine nouvellement communiste. L’enregistrement de toute la population fut achevé en 1951 et la possession d’une carte d’identité devint alors obligatoire. Cette carte subit plusieurs modifications et fut informatisée à partir de 1983 (à l’époque un système de microfilm permettait également de stocker photos et empreintes digitales). C’est finalement en 1999 que le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong Kong (HKSAR) lança une consultation pour l’établissement d’un nouveau système de "carte d’identité intelligente" pour la HKSAR afin de mieux lutter contre les fraudes et d’accélérer le passage quotidien à la douane de milliers de hongkongais, notamment de ceux travaillant dans la ville chinoise voisine de Shenzhen.

L’étude de faisabilité achevée, le gouvernement lança un appel d’offre pour la mise en place d’une nouvelle carte d’identité et d’un système d’exploitation des données qui fut remporté en 2002 par un consortium international dirigé par l’entreprise de télécommunication hongkongaise PCCW. Le consortium en charge d’exécuter ce contrat de 163 millions HKD (environ 16 millions d’euros) comprenait ACI Worldwide (US), Cogent Systems (US), Keycorp (Australie), SecureNet Asia (HK), Mondex International (UK) et Trub AG (Suisse). [1,2,3]

En 16 mois, le consortium a délivré un système clé en main complexe et complet (design, mise en place et maintenance), faisant appel à de nombreuses technologies et utilisant le système d’exploitation Multos, considéré comme l’un des plus sûrs dans ce domaine, ainsi que la solution "P3" (Personalization Preparation Process) de la société française Thales pour la préparation des données. Le système développé, nommé "Smartics" (Smart Identity Card System), remporta à sa sortie plusieurs récompenses : premier prix APICTA (Asia Pacific Information and Communication Technology Awards) dans la catégorie "e-gouvernement et services", médaille d’or aux IT Excellence Awards de la HK Computer Society (catégorie "applications") et prix de la "Card technology breakthrough" de la "Card Technology and Security technology Conference and exhibition" aux Etats-Unis. [4,5,6]

La carte finale, en polycarbonate, comporte une puce qui permet d’enregistrer, de stocker et d’échanger des données avec les services concernés, protegées par des techniques cryptographiques. La puce est compartimentée et les données personnelles utiles aux services de l’immigration (empreintes digitales, statut de résident, etc..) sont séparées d’autres données relatives à des applications annexes. La carte peut en effet également être utilisée comme carte de bibliothèque ou dans les centres culturels et de loisirs de la ville, elle peut aussi être utilisée pour les services de santé ou encore pour réaliser des transactions sécurisées sur internet ("e-cert’). La carte comporte de nombreux éléments de sécurité optiques pour éviter toute falsification. [7,8,9]

C’est donc près de 9 millions de "smart ID" qui ont vu le jour entre 2003 et 2007 afin de remplacer totalement les cartes traditionnelles. En 2010, le bureau charge de la protection des données et de la vie privée (PCPD) ainsi que d’autres consultants privés furent commissionnés pour évaluer ce système afin de s’assurer qu’il permettait de respecter la loi de protection de données, d’identifier d’éventuelles faiblesses et de formuler des recommandations au département de l’immigration. Ces audits ont conclu que si la politique et les pratiques de gestion et de manipulation du système de données personnelles étaient appropriées, il était cependant nécessaire de moderniser les infrastructures pour répondre à une demande croissante et maintenir la qualité du service. Des inquiétudes ont également été soulevées en 2012 lorsqu’un journaliste a réussi à passer la douane avec une carte dont les empreintes digitales avaient été falsifiées avec du materiel en vente libre sur internet. Il a donc été décidé de développer un nouveau système afin de remplacer les cartes actuelles lorsqu’elles atteindront leur limite de durée de vie estimée à 10 ans. [10,11,12]

Le gouvernement a donc annoncé son projet de renouvellement en 2018 de ces 9 millions de cartes par un système plus moderne et plus sûr. Les nouvelles cartes auront une plus grande capacité de stockage et permettront une vérification d’identité plus fiable (meilleure résolution des photos et nouvelle technologie d’enregistrement des empreintes digitales). Le matériau sera choisi afin de permettre une impression de plus grande qualité et une plus grande résistance au temps. Enfin, le nouveau système de transfert des données par radio-identification (RFID) accélèrera le passage aux guichets automatiques d’immigration de 4 secondes (sur 12 actuellement). L’annonce de ce programme de remplacement, qui s’étalerait de 2018 à 2022 et coûterait 3 milliards HKD (environ 300 millions d’euros), a toutefois soulevé de nombreuses inquiétudes. Les législateurs ont en effet fait part de leurs doutes quant à l’utilisation du système RFID qui pourrait permettre à des hackers de pirater à distance les données personnelles de millions d’utilisateurs. Ils n’ont pas été rassurés par la réponse du gouvernement garantissant la mise en place d’un système encore plus sûr que le précèdent et d’une puce "tellement petite qu’elle ne pourrait être lue à plus de 2 cm de distance", et ont réclamé plus de détails techniques. Du coté des citoyens, on craint également une intrusion plus grande dans leur vie privée. [13,14,15]

Sources :
- [1] Archives du gouvernement hongkongais : History of Hong Kong Identity Cards - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/bGe22
- [2] Official Homepage of the Office of the HK Government Chief Information Officer, 13/09/2005 : Success Story IMMD - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/S82CL
- [3] PCCW, 26/02/2002 : PCCW-led Consortium Awarded HKSAR Smart Identity Card System Contract - http://www.richardli.com/Popup_SmartIDCard.html
- [4] "Smartics gets personal", Card Technology today, Volume 16, Issues 7-8, July-August 2004, Pages 6 - http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0965259004001392#
- [5] Multos : Thales e-security LTD - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/6TJGq
- [6] HK gov, press release, 11/12/2004 : Hong Kong Smart Identity Card System wins technology award - http://www.info.gov.hk/gia/general/200412/11/1211173.htm
- [7] HK gov : The smart identity card - http://www.gov.hk/en/residents/immigration/idcard/hkic/smartid.htm
- [8] Official Homepage of the Office of the HK Government Chief Information Officer : The smart HK ID applications - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/6cjG8
- [9] Hong Kong Post : e-cert - https://www.hongkongpost.gov.hk/news/press/25.html
- [10] HK Immigration department, 07/2010 : Privacy Compliance Assesment - http://www.immd.gov.hk/pdf/PCAReport.pdf
- [11] Legislative Council, 06/01/2015 : LC Paper No. CB(2)534/14-15(03) - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/rrDny
- [12] Legislative Council, 04/12/2012 : LC Paper No. CB(2)277/12-13(05) - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/nvsk1
- [13] SCMP, 31/12/2014 : Smart Hong Kong ID cards to be replaced from 2018 to 2022 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/82X07
- [14] SCMP, 07/01/2015 : Lawmakers raise security doubts on using rfid techology in new Hong Kong smart ID cards - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/zLpnL
- [15] Ejinsight, 31/12/2014 New HK identity card : smarter, more dangerous - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/IE8wU

Rédacteur :

Tiphaine CORBET, Chargée de mission scientifique - Hong Kong

publié le 30/04/2015

haut de la page