Focus Santé & Société - Hong Kong, « Capitale de la Kétamine ». (05/05/2015)

Article rédigé le 05/05/2015

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Sommaire


1. État des lieux de la consommation de drogues à Hong Kong

A Hong Kong, la législation sur la possession et la consommation de drogue est très stricte. Des contrôles peuvent être effectués sur la voie publique et entraîner une arrestation immédiate. Des amendes et des peines de prison de durée variable selon la quantité saisie et la nature des drogues sont couramment infligées par les tribunaux.
Ainsi, toute personne trafiquant ou synthétisant une drogue considérée comme dangereuse risque une amende pouvant aller jusqu’à 5 millions de HKD (600 000 euros) et une peine d’emprisonnement à vie. En comparaison, pour le même délit, en France, une amende pouvant atteindre 7,5 millions d’euros assortie d’une peine de 20 ans de réclusion criminelle maximum est possible. L’accord de transfèrement des personnes entre la France et Hong Kong, signé fin 2006, n’étant pas encore entrée en vigueur, toute peine d’emprisonnement, si lourde soit elle, prononcée pour usage ou trafic de stupéfiants à l’égard d’un citoyen français, doit être subie intégralement à Hong Kong [1,2,3].

2. Les drogues les plus fréquemment rencontrées à Hong Kong sont les suivantes [4,5]

L’héroïne

Définition : Opiacé synthétisé à partir de la morphine extraite du pavot. Elle se présente généralement sous forme de poudre blanche, rose, brune ou beige.
Effets recherchés : L’héroïne est un puissant antidouleur qui provoque une sensation de détente, de mieux-être et d’apaisement combinée à une impression de chaleur.
Consommation : Elle est généralement injectée par voie intraveineuse. Elle est placée dans une cuillère, mélangée avec de l’eau et avec un diluant acide (citron, vinaigre, acide ascorbique…) dans le cas de l’héroïne brune. La préparation est aspirée dans une seringue après avoir placé un filtre (appelé coton) devant l’embout pour filtrer ce qui n’a pas été dilué. L’héroïne consommée par les toxicomanes de Hong Kong est fabriquée à partir de pavot ’opium cultivé dans le triangle d’or (région montagneuse d’Asie du Sud-Est aux confins du Laos, de la Birmanie et de la Thaïlande). Le produit atteint généralement un très bon degré de pureté allant jusqu’à 90 % (en comparaison, en France, le taux de pureté moyen oscille entre 20 et 30 %).

Le cannabis

Définition : Le cannabis est une plante : il se présente sous forme d’herbe (mélange de feuilles, de tiges et de fleurs séchées), de résine (obtenue en pressant les fleurs), ou d’huile (résine macérée dans de l’alcool).
Effets recherchés : Le cannabis donne un effet de détente et de bien-être.
Consommation : Le cannabis peut être fumé sous forme de cigarettes roulées avec du tabac (joint), avec une pipe (shilom), ou avec une pipe à eau (bang, narghilé). Il peut également être ingéré sous forme de préparation culinaire (gâteau et infusion principalement).
Comme en France, l’herbe ou la résine de cannabis reste la forme la plus consommée à Hong Kong.

La métamphétamine (« Ice »)

Définition : la méthamphétamine est une drogue de synthèse qui se présente sous une forme solide cristalline (d’où sa dénomination de « Ice »), incolore et inodore.
Effets recherchés : Elle provoque une euphorie et une forte stimulation mentale.
Consommation : A Hong Kong, la consommation la plus répandue est l’inhalation de la vapeur de ce psychotrope par une pipe [4]. Cette drogue hautement addictive est peu consommée en Europe contrairement à Hong Kong, au Japon, aux Philippines, à la Malaisie, et à l’Indonésie.

La kétamine

Définition : Il s’agit d’une drogue de synthèse qui se présente soit sous la forme d’une poudre cristalline, soluble dans l’eau ou dans l’alcool, soit sous forme liquide. La kétamine est à l’origine un médicament, dérivé de la phencyclidine, utilisé comme anesthésique général en médecine humaine et animale.
Effets recherchés : Elle provoque des effets fortement hallucinatoires.
Consommation : A Hong Kong, la kétamine est principalement sniffée sous forme de poudre.

La cocaïne

Définition : La cocaïne est extraite des feuilles du cocaïer, arbuste cultivé en Amérique du Sud. Elle se présente principalement sous forme de poudre blanche (le chlorhydrate de cocaïne).
Effets recherchés : Elle provoque une phase d’exaltation qui se traduit par une grande énergie et une stimulation des performances physiques et intellectuelles. La cocaïne confère une grande assurance et une estime de soi accrue qui tendent à la mégalomanie. Elle est généralement “distribuée” sous deux formes : la poudre de cocaïne et le crack.
Consommation : En poudre, la cocaïne est le plus souvent sniffée avec une paille. Mélangée avec du bicarbonate de soude et/ou de l’ammoniaque, elle se transforme en “cocaïne-base” puis, en séchant, en cristaux communément appelés « crack ». Elle peut être alors fumée ou inhalée.

L’ecstasy

Définition : Le principe actif de l’ecstasy est la MDMA (méthylène dioxy méthamphétamine), molécule de la famille des amphétamines. A l’état brut, l’ecstasy ressemble à des cristaux de couleur blanche mais il peut se présenter sous plusieurs formes : en comprimé dans la majorité des cas, en poudre et en gélule.
Effets recherchés : L’ecstasy est, en premier lieu, un stimulant qui produit un effet énergisant et diminue les sensations de fatigue. Il suscite un sentiment de calme, d’empathie donnant l’impression aux usagers de pouvoir communiquer facilement avec autrui.
Consommation : Sous forme de gélule ou de comprimé, l’ecstasy s’avale. Les usagers emploient souvent l’expression « gober ».

3. Comparaison des quantités saisies des drogues les plus communes entre Hong Kong et la France.

Une étude comparative sur les quantités saisies de plusieurs drogues en France et à Hong Kong met en évidence quelques différences notables [6,7,8].
La comparaison s’est portée sur les 6 drogues les plus fréquentes à Hong Kong entre 2010 et 2013.
Pour tenir compte de la nette différence démographique entre ces deux pays (66,3 millions d’hab. en France, contre 7,2 millions d’hab. à Hong Kong), les chiffres ont été rapportés à l’effectif de population.

Dans la figure 1, sont représentées les quantités relatives de drogues saisies par les autorités judiciaires selon les données de l’OFDT (Observatoire Français des drogues et des toxicomanies) pour la France et du gouvernement pour Hong Kong.

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Figure 1 : Quantités relatives de drogues les plus communes à Hong Kong saisies entre 2010 et 2013 à Hong Kong par rapport à la France.


Dans un premier temps, on peut constater que deux stupéfiants, l’héroïne et la cocaïne sous forme de crack, sont également présentes dans les 2 pays. En France comme à Hong Kong, les saisies annuelles moyennes d’héroïne et de cocaïne sont, respectivement, de 13 kg/million d’habitants et de 86 kg/million d’habitants.
Ensuite, il est frappant de constater que le cannabis et l’ecstasy sont beaucoup plus consommés en France qu’à Hong Kong. On reporte une saisie d’environ 940 kg/million d’hab/an de cannabis en France contre seulement environ 7 kg/ million d’hab/an à Hong Kong. L’ecstasy est retrouvée à 330 comprimés/million d’hab/an en France contre 2 comprimés/million d’hab/an à Hong Kong.
Enfin, les saisies de métamphétamine et de kétamine sont bien plus importantes à Hong Kong, où les saisies moyennes annuelles sont, respectivement, de 12 kg/million d’hab et 48 kg/million d’hab, contre, respectivement, moins de 1kg/million d’hab et 4 kg/million d’hab en France.

4. Hong Kong, capitale de la Kétamine

Un article du Figaro, en 2009, illustre l’explosion de la consommation de kétamine à Hong Kong depuis le début des années 2000 [9], mais la situation s’est tout de même stabilisée ces cinq dernières années. Cette drogue, normalement utilisée en tant qu’anesthésiant est grandement addictive. Elle s’est largement répandue parmi la population de moins de 21 ans grâce à ses effets fortement hallucinatoires. La police hongkongaise a rapporté, en 2012, une saisie record de 724 kg de kétamine.

Cet article rapporte alors que, selon les statistiques officielles du gouvernement, sur 5280 consommateurs connus, une grande majorité (85 %) avait moins de 21 ans. La consommation de kétamine est devenue si banale qu’elle a valu à Hong Kong le titre de « capitale de la kétamine ». Importée en fraude de Chine continentale, elle affecte de façon irréversible la santé mentale, des fonctions cérébrales et d’autres fonctions physiologiques fondamentales, provoquant notamment un rétrécissement de la vessie. Certaines personnes dépendantes devenues incontinentes sont ainsi vouées à uriner toutes les 15 minutes.

Depuis que la kétamine s’est répandue chez les jeunes à une vitesse impressionnante, de nombreuses méthodes analytiques ont été développées et validées par des laboratoires de toxicologie analytique tel que le Government Laboratory of Hong Kong dans le but de pouvoir dépister la drogue et de confirmer ou d’infirmer une prise de kétamine. La matrice la plus généralement utilisée pour les tests, reste l’urine étant donnée une plus grande fenêtre de détection ainsi qu’une concentration des métabolites principaux (norkétamine et déhydronorkétamine) plus élevée. Par le couplage de la chromatographie liquide et la spectrométrie de masse en tandem (LC/MS-MS), les chercheurs parviennent à quantifier la kétamine à partir de 25 ng/mL. [10,11, 12].

En France, à part la saisie exceptionnelle de 2008 (65,5 kg), les saisies de kétamine se situent entre 2 kg et 14 kg (moyenne de 4,1 kg en 2013) [8]. Les interpellations relatives à cette substance sont rares ou même inexistantes. Les champignons hallucinogènes et la LSD, substances dont les effets recherchés sont similaires remplacent d’une certaine manière la kétamine.
Deux principaux éléments expliquent cette ruée des jeunes vers la kétamine à Hong Kong [13,14].

D’une part, d’un point de vue économique : le gramme de kétamine se vend 13 USD, alors que celui de la cocaïne coute 103 USD.
D’autre part, la kétamine surnommée, “K” en Chine continentale a gagné de plus en plus en popularité en Chine du Sud, et en particulier dans la région de Shenzhen, de par son faible coût son accès aisé. La drogue transite alors vers Hong Kong pour y envahir les établissements scolaires.

5. Mesures antidrogues prises à Hong Kong

Le Legislative Council Secretariat of Hong-Kong a organisé une réunion spéciale le 27 janvier 2015 pour faire un point sur la situation criminelle actuelle à Hong Kong évoquant notamment le problème de trafic de stupéfiants. [15]

Les membres de ce Conseil ont noté, avec préoccupation, des changements du mode d’opération relatif aux trafic de drogues au cours de ces dernières années, comme par exemple la vente de stupéfiants en plus faibles quantités mais avec un trafic transfrontalier grandissant et impliquant plus de jeunes personnes.

Selon les autorités judiciaires, plusieurs mesures appropriées ont été récemment adoptées afin de limiter les trafics de substances dangereuses et illicites ; parmi lesquelles :
- l’établissement d’un « réseau intelligent » permettant de surveiller de manière plus précise la localisation des stupéfiants pour permettre une interpellation plus rapide des revendeurs. Il s’agit de maintenir une liaison rapprochée entre les divers départements de police et les différents départements sociaux et culturels pour limiter au mieux l’utilisation des drogues d’abus dans les parcs, terrains de jeux ou bibliothèques publiques ;
- la prise de mesures correctives rigoureuses dans les lieux de divertissement ou dans les établissements permettant aux personnes de se droguer ;
- l’augmentation des activités éducatives en milieu scolaire pour une meilleure sensibilisation au danger des drogues ;
- la mise en place d’une législation plus efficace pour permettre un contrôle plus rigoureux sur l’importation, l’exportation, la fabrication, la vente et l’approvisionnement de substances illicites ;
- le renforcement des liaisons et des échanges avec la police chinoise transfrontalière, ainsi qu’avec les services de police des pays outre-mer permettant des opérations conjointes et efficaces dans le cas de situations critiques [2].

Grâce à cette nouvelle vigilance, il est important de signaler une baisse progressive assez nette du nombre de cas signalés par le gouvernement de consommateurs de stupéfiants.[16]

En effet, quelque soit la tranche d’âge de la population, le sexe, et la nature de la drogue, le nombre de cas diminue depuis ces quatre dernières années (Figure 2).

En s’intéressant à l’évolution de la consommation de kétamine, par exemple, à Hong Kong, il est encourageant de voir que nous passons de 1800 cas signalés en 2011 à 802 cas en 2014.

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Figure 2 : Évolution de la consommation des drogues les plus communes à Hong Kong entre 2011 et 2014.

6. Implication du gouvernement de Hong Kong d’un point de vue médical et éducatif

Des programmes éducatifs de prévention anti-drogue sont organisés par La “Narcotics Division” du gouvernement de Hong Kong [17,5]. Elle laisse la possibilité à des organisations non gouvernementales (Kely Suport Group, Community Drug Advisory Council...) de sensibiliser les jeunes aux dangers de la drogue. Les principaux aspects abordés sont :

les effets dévastateurs de la drogue d’un point de vue physiologique,
l’addiction face à la drogue,
l’éloignement social provoqué par l’usage de drogues
Ces programmes éducatifs incluent généralement des séances d’échanges avec des personnes anciennement toxicomanes.

De plus, le “Hong Kong Jockey Club Drug InfoCentre” localisé au “Queensway Government Offices” est un centre d’exposition consacré à la prévention contre la drogue, ouvert en permanence. La “Narcotics Division” du gouvernement de Hong Kong fournit une visite guidée de 2 heures dans le but de sensibiliser un maximum de personnes face aux dangers de la drogue. L’approche fondamentale de ce centre n’est pas de donner une moralité sur ce qui est bien ou pas, mais de donner la possibilité aux visiteurs d’entendre les témoignages d’anciens consommateurs de drogue et d’obtenir plus d’informations sur les impacts médicaux, les effets physiques et psychiques des drogues.

Le gouvernement de Hong Kong a toujours adopté une approche individualisée lors des traitements médicaux effectués dans le but de traiter et de réhabiliter des personnes atteintes de toxicomanie [18].

Les principaux programmes de traitement contre la drogue et de réhabilitation incluent :

- des placements obligatoires suivant une stratégie curative opérée par le “Correctional Services Department”,
- des programmes de traitement par l’administration de méthadone (produits de substitution de l’héroïne) fourni par le “Department of Health”,
- des placements facultatifs dans des centres de réhabilitation tenus par des organisations non gouvernementales subventionnées par le “Department of Health” ou le “Social Welfare Department”,
- des placements dans les cliniques gérées par le “Hospital Authority”.

Rappelons que le 26 juin a été déclarée “journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues” par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1987. Hong Kong participera activement à cette journée dans l’objectif de maintenir son dynamisme dans son implication dans la réduction de l’usage des drogues sur son territoire [19,20].

Sources :

[1] Info Consulat de France 21/08/2014 - http://www.consulfrance-hongkong.org/Conseils-aux-voyageurs-a-Hong-Kong
[2] Info Police Gouv. Hong Kong - http://www.police.gov.hk/ppp_en/04_crime_matters/drug/law_pen.html
[3] Drug Info Service - http://www.drogues-info-service.fr/Tout-savoir-sur-les-drogues/La-loi-et-les-drogues/Le-trafic-de-stupefiants#.VS-vlvmsVwY
[4] Info Police Gouv. Hong Kong - http://www.police.gov.hk/ppp_en/04_crime_matters/drug/common_drug.html
[5] Info Narcotics Div Gouv. Hong Kong - http://www.nd.gov.hk/en/druginfocentre.htm
[6] Info Police Gouv. Hong Kong - http://www.police.gov.hk/ppp_en/09_statistics/csc.html
[7] Stats. OFDT 04/2015 - http://www.ofdt.fr/statistiques-et-infographie/series-statistiques/evolution-du-nombre-de-saisies-des-principaux-produits-stupefiants/
[8] Produits et addictions OFDT 11/2014 - http://www.ofdt.fr/produits-et-addictions/de-z/hallucinogenes/
[9] Article du Figaro 05/06/2013 - http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/a-hong-kong-la-ketamine-fait-fureur-chez-les-jeunes-2050/
[10] Oxford journals 2012 - http://jat.oxfordjournals.org/content/36/3/210.full
[11] Pub Facts – 2004 - http://www.pubfacts.com/detail/15110068/Rapid-determination-of-ketamine-in-urine-by-liquid-chromatography-tandem-mass-spectrometry-for-a-hig
[12] WHO Review 2006 - http://www.who.int/medicines/areas/quality_safety/4.3KetamineCritReview.pdf
[13] Mother board 09/10/2013 - http://motherboard.vice.com/blog/the-great-k-hole-of-china
[14] Article SCMP 28/04/2015 - http://www.scmp.com/news/hong-kong/article/1214101/drug-dealers-selling-more-esf-school-students-hong-kong-police
[15] Legislative Council Gouv 27/01/2015 - http://www.legco.gov.hk/yr14-15/english/panels/se/papers/se20150127cb2-692-2-e.pdf
[16] Stats. Gouv. Hong Kong 04/2015 - http://www.nd.gov.hk/en/statistics_list.htm
[17] Info Narcotics Div Gouv. Hong Kong - http://www.nd.gov.hk/en/prevent_edu_prog.htm
[18] Info Narcotics Div Gouv. Hong Kong - http://www.nd.gov.hk/en/treatment.htm
[19] Facebook World Drug Day - https://www.facebook.com/pages/World-Drug-Day-June-26/111351162245383?fref=nf
[20] ONUDC - http://www.unodc.org/drugs/fr/june-26/index.html

Rédacteur :

Sébastien TREMOLET, Chargé de mission scientifique - Hong Kong

publié le 06/05/2015

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