Focus Energie et Environnement - Des plantes pour dépolluer l’air Intérieur à Hong Kong ? (05/05/2015)

Article rédigé le 05/05/2015

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Sommaire


Etat des lieux

A Hong Kong, où le niveau de pollution atmosphérique est particulièrement élevé (2 à 3 fois supérieur aux valeurs seuils conseillées par l’OMS), [4] la qualité de l’air devient un une problématique majeur pour le département de la santé. Les hongkongais, qui passent près de 70 % de leur temps en intérieur, prennent peu à peu conscience de l’enjeu de la qualité de l’air intérieur.

Et ce n’est pas sans raison, car si les les polluants chimiques ne sont présents qu’en faible quantité dans l’air l’intérieur ils ont de nombreux effets toxiques sur l’organisme. Ces polluants peuvent à long terme nuire à l’appareil respiratoire, à l’appareil cardio-vasculaire, au système immunitaire, etc. A court terme, ils peuvent provoquer des irritations des yeux, des voies respiratoires supérieures (nez, gorge) et inférieures (bronches, bronchioles), mais aussi des phénomènes allergiques. Leurs effets dépendent principalement de la nature du polluant, de la concentration et du temps d’exposition. Parmi les polluants les plus nocifs pour l’homme et que l’on retrouve principalement dans l’air intérieur il y a :

- Les COV (Composés Organiques Volatiles) incluant principalement le formaldéhyde, le benzène et le toluène. Ces composés sont largement émis par les produits de nettoyages ou par solvants des peintures.

- Les HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques) comme le benzo[a]pyrène, cyclopenta[c,d]pyrène dibenzo[a,h]anthracène et dibenzo[a,l]pyrène) qui sont 4 composés avérés cancérigènes pour l’homme. Ils sont émis à la suite d’activités de cuissons.

- Certains gaz comme le monoxyde de Carbone qui est incolore, inodore, insipide et non irritant. Il se substitue à l’oxygène dans le sang et peut entraîner des vertiges voir la mort dans les cas le plus graves. [7]

Dans cette ville où les climatiseurs fonctionnent déjà en quasi continu tout au long de l’année, il n’est pas envisageable d’ajouter à la facture énergétique de Hong Kong un appareil électronique supplémentaire. Afin de purifier cet air intérieur, des méthode plus naturelles sont donc considérées. [5] Au delà de transformer le dioxyde de carbone en oxygène, grâce à la photosynthèse pendant la journée, certaines plantes peuvent aider à la dépollution : ce phénomène est appelé “Phytoremédiation”.

La phytoremédiation

La phytoremédiation peut être utilisée pour dépolluer les sols, les eaux usées ou l’air. Les végétaux qui peuvent être utilisés sont : les plantes vasculaires, les algues (on parle alors de phycoremédiation) et les champignons (mycoremédiation).
Pour la purification de l’air intérieur voici la liste des plantes les plus couramment utilisées :[1]

Aglaonéma, Aloes, Anthurium, Azalée, Cactus, Chlorophytum, Chrysanthème, Crassula, Croton, Cyclamen, Dracaena Fragrans, Dracaena Janet Craig, Dracaena Marginata
Dracaena Warneckii, Ficus benjamina, Ficus elastica, Gerbera Jamesonii, Fougère de, Boston, Kentia, Lierre, Orchidée
 papillon, Palmier, Philodendron Scandens, Philodendron Selloum, Pothos, Phoenix Roebelenii, Rhapis, Sansevieria, Schefflera, Spathiphyllum, Syngonium.

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Exemple de plantes pour dépolluer l’air intérieur. Photos du site consoglobe.com.


Pour expliquer brièvement le processus de Phytoremédiation de l’air, les plantes peuvent absorber le polluant pour le métaboliser et le rendre inerte. Les composés organiques alors absorbés peuvent être ensuite dégradés et métabolisés pour la croissance de la plante. Si ce n’est pas le cas, la plante peut tout de même empêcher la libération du polluant dans l’environnement. Le polluant est alors stocké puis éliminé ; on parle alors de phytostabilisation. Lorsqu’il s’agit de composés inorganiques polluants (métaux, métalloïdes ou radionucléides), il ne peut y avoir que phytostabilisation car ces types de polluants ne sont pas biodégradables.
Les avantages de la phytoremédiation sont nombreux. Tout d’abord, son faible coût, et, ensuite, la facilité de mise en place. Aussi, cette méthode est appréciée car elle utilise des organismes naturels.

Néanmoins, la phytoremédiation présente des limites. En effet, seuls les composés très volatils de faible poids moléculaire, les composés volatiles intermédaires et ceux sous forme de poussière et d’aérosol, tels que le SO2, NOx, O3, CO, formaldéhyde, benzène, toluène, etc. [3] peuvent être traités de la sorte. De plus, cette méthode demande un investissement temporel non négligeable souvent quantifié en terme d’années et les résultats ne sont pas immédiats. De plus, le concentration et le type des polluants influencent la croissance et la survie des plantes.

Bilan d’utilisation de la phytoremédiation à Hong Kong

En France, le programme Phyt’air, a mené des études sur la capacité des plantes à purifier l’air des polluants. Il en ressort que les plantes peuvent être utilisés simultanément comme indicateur de bio-surveillance mais aussi comme outil performant de dépollution. Né en 2004, de la collaboration du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) de Lille, du Laboratoire des Sciences Végétales et Fongiques (LSVF) de la Faculté de Pharmacie de Lille et de l’Association Plant’Air Pur, le programme a été soutenu financièrement par l’ADEME, les Conseils Régionaux du Nord – Pas de Calais et des Pays de Loire, le CSTB de Nantes et les fonds FEDER.

Si le programme a montré que le rendement de la phytoremédiation n’était pas suffisant pour être significatif en conditions réelles, il a permis de démontrer des parallèles entre les effets des polluants sur les cellules des plantes avec les dégâts de ces mêmes polluants sur le matériel génétique. Cela a permis de prouver que les plantes peuvent donc être utilisées comme indicateurs de la qualité de l’air intérieur [7].

A Hong Kong, des recherches ont également été faites par le Professeur Luo Chun-ling et son équipe de la “Polytechnique University of Hong Kong” (Poly U). L’étude a permis de démontrer le rôle des plantes dans l’épuration des métaux lourds contenus dans les sols et dans l’air. Les recherches ont montré que l’épuration de l’air par les plantes est bien plus faible et bien moins rapide que l’épuration du sol par les plantes. Néanmoins, leur effet est constatable. [9]

Friands de médecine traditionnelle chinoise, de remèdes naturels, etc. les hongkongais apprécient de plus en plus voir des murs végétaliser pousser au coeur de leur building (comme c’est la cas dans l’Hotel Icon de Poly U). Et c’est avec plaisir qu’ils dévalisent les fleuristes et pépinières afin d’installer dans leurs bureaux et appartements leur nouveaux systèmes d’épuration. [10]

Et même si la phytoremédiation n’est pas un moyen assez performant pour purifier l’air intérieur, cette méthode l’améliore néanmoins, ne serait-ce pas l’apport d’une touche naturelle dans cet environnement de béton qu’est la centre ville de Hong Kong. N’oublions pas que l’aération et la ventilation sont des méthodes bien plus efficaces pour purifier l’air intérieur et que l’OMS a approuvé que seulement 10 minutes d’aération journalière permettait une nette amélioration de l’air intérieur. [8]

De plus, la véritable question a se poser n’est-elle pas plutôt comment ne pas polluer l’air intérieur plutôt que de le dépolluer ? ...

Sources :

[1] http://www.plantes-depolluantes.com/plantes.php
[2] https://www.google.com.hk/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&cad=rja&uact=8&ved=0CCYQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.researchgate.net%2Fprofile%2FXiang-Dong_Li%2Fpublication%2F222575201_The_use_of_vetiver_grass_%2528Vetiveria_zizanioides%2529_in_the_phytoremediation_of_soils_contaminated_with_heavy_metals%2Flinks%2F0f317531457194b2cf000000.pdf&ei=9BU7Ve6hFcT08QX2u4GwDg&usg=AFQjCNEb7DHF6o6cx2Kie4RmHDTGuTMoRw&sig2=CTKzu146q2nBuxFk9WIqGA&bvm=bv.91665533,d.dGc
[3] D. CUNY, M-A. RZEPKA et G. BULTEAU, Quels rôles les plantes peuvent elles jouer vis à vis de la pollution à l’intérieur des locaux ?, Air Pur n°69
[4]http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/76440.htm
[5] http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/75800.htm
[6]http://fr.wikipedia.org/wiki/Phytorem%C3%A9diation
[7] http://www.appanpc.fr/_docs/7/Fichier/23-130218120348.pdf
[8] http://www.laircmonaffaire.net/pdf/laircmonaffaire_ventilation.pdf
[9] http://theses.lib.polyu.edu.hk/handle/200/5501
[10] http://www.scmp.com/article/topics/premier-living/1667715/life-givers-why houseplants-hong-kong-can-be-used-combat-indoor-air-pollution

Rédacteur :

Julie METTA, Chargée de mission scientifique - Hong Kong

publié le 05/05/2015

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