Ouverture de l’exposition photographique « Au Cœur de Mai 68 » à l’Université baptiste de Hong Kong [en]

Cette exposition est une commémoration des évènements de Mai 68 en France, à travers le regard du photographe Philippe Gras. L’exposition se déroule de 6 au 30 novembre et sera assortie d’une projection spéciale du documentaire « Mai 68 : un étrange printemps » le 21 novembre 2018.

Dans le cadre du 50ème anniversaire de la commémoration des évènements de Mai 68, ce projet conjoint d’exposition et de projection est proposé par l’Institut français, avec le concours de l’Association des Amis de Philippe Gras et des Films des quatre planètes. Cette exposition est par ailleurs accueillie tout au long de l’année 2018 dans une centaine de lieux en France et à travers le monde.

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A Hong Kong, ce projet consiste en une exposition de photographies de Philippe Gras accompagnée d’un film de Dominique Beaux, toutes deux œuvres entièrement inédites.

L’inauguration de l’exposition a eu lieu le 6 novembre à la galerie d’exposition de l’université. Le grand public a pu à cette occasion prendre part à un séminaire en anglais sur le thème « What happened in May 68 in France ? Was it a French Cultural Revolution ? », animé par le Professeur Michel Bonnin, enseignant à la Chinese University de Hong Kong et ancien directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine.

Exposition photographique

L’exposition est composée d’un ensemble de 43 photographies prises au fil des évènements par le grand photographe Philippe Gras, et découvertes dans ses archives après sa disparition en 2007. Le reportage de Philippe Gras se distingue de toute la documentation déjà connue, d’abord par la qualité artistique de ses images, ensuite par le regard à la fois empathique et distancié porté sur les instants saisis.

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En savoir plus

Les photos de Philippe Gras, longtemps restées inédites, montrent vraiment une autre vision de Mai 68. Les images de l’époque les plus connues jusqu’à présent avaient une tonalité épique : des barricades, des lanceurs de pavés, une jeune femme belle comme la Liberté portant un drapeau sur les épaules d’un manifestant, Cohn-Bendit tout sourire défiant un policier… Il était sans doute nécessaire qu’un événement qui avait fait vaciller l’un des États les plus anciens d’Europe soit d’abord incarné par des photos épiques.

Philippe Gras, lui, nous montre des rues presque désertes, des graffiti dans le métro, des gens qui ramassent des pavés loin des barricades, des manifestants fatigués qui s’endorment, des policiers qui font la queue pour recevoir leur casse-croûte. Il montre des flâneurs, ou un étudiant qui s’enfuit, qui sait pourquoi, devant un lointain cordon de policiers. Quiconque a participé à un mouvement de rue sait que c’est cela que vit la plupart des gens dans ce genre de situation. Et c’est pour cela, en dehors de son immense talent, de son goût pour le contraste, de son humour, que ces photos sont profondément émouvantes.

Il est possible d’aller plus loin encore en disant que Philippe Gras est un photographe stendhalien. On se souvient de la phrase de Stendhal : « le roman est un miroir que l’on promène le long d’un chemin ». Les petits faits ont la même importance que les grands. Souvenez-vous du récit de Waterloo par Stendhal à travers les yeux de Fabrice del Dongo. Il ne voit la bataille que par une multitude de détails surgissant au hasard. Pour Philippe Gras aussi, c’est un choix éthique de prendre ce qui vient comme il vient, mais en l’attrapant au moment précis où il s’est le plus chargé de sens : cet homme en tenue bourgeoise qui alimente un feu de rue, cette jeune fille pensive qui vend un journal révolutionnaire, ces ouvriers en mobylette qui viennent au Quartier latin voir à quoi ressemble Mai 68… et puis soudainement, il y a en effet une photo épique, des manifestants qui grimpent sur le Lion de Belfort, formant une si parfaite pyramide que la photo semble posée comme celle des Marines hissant la bannière étoilée à Iwo Jima.

Il y en a peut-être encore une autre, celle d’un lanceur de pavé, mais ce n’est qu’une petite ombre lointaine dans la nuit. Et Il y a une photo tragique, celle de la grande actrice Madeleine Renaud comparaissant devant la foule, humble dans son duffle-coat comme pour affronter un tribunal révolutionnaire, derrière un procureur s’adressant au public en une pose théâtrale. Et puis, heureusement, il y a une ou deux photos d’amoureux, car c’est cela aussi Mai 68.

(d’après Dominique Beaux et François Nicoullaud)

Dates : 6 au 30 novembre 2018
Lieu : F Lam Woo International Conference Centre, Shaw Campus, Hong Kong Baptist University, 34 Renfrew Road, Kowloon Tong, Hong Kong

Projection-débat : « Mai 68, un étrange printemps »

Le film est un documentaire en deux parties, chacune d’environ 90 minutes, sous le titre : « Mai 68, un étrange printemps », réalisé par l’historien et cinéaste Dominique Beaux, présentant pour l’essentiel les témoignages d’acteurs issus du monde politique, des partis, de la fonction publique, des unités de terrain.
Ce documentaire apporte lui aussi un regard original porté par des témoins peu sollicités, et aide à saisir les forces et les faiblesses d’un ordre social vacillant sur ses bases.

Date et horaires : 21 novembre 2018, 9h30 à 12h20
Lieu : Campus à AAB 507 5/F, Academic and Administration Building, Hong Kong Baptist University, 34 Renfrew Road, Kowloon Tong, Hong Kong

Biographie de Philippe Gras

Philippe Gras a toujours été non seulement un photographe indépendant, mais aussi un esprit indépendant, qui s’est refusé à tout compromis. Toute sa vie, il s’est efforcé de ne braquer son appareil photo que sur des œuvres, des thèmes, des artistes auxquels il croyait, avec lesquels il a entretenu dans certains cas un long compagnonnage, et sur des phénomènes de société qui lui semblaient importants.

Il n’a jamais donné dans l’élitisme, bien au contraire. Ses archives témoignent d’un goût très sûr en matière de création, mais aussi d’un regard attentif sur la culture populaire, les imageries qui n’étaient guère prises en considération, les musiques de tous les continents. Fidèle en amitié, il a conservé toute sa vie des liens avec un certain nombre de musiciens, comme avec Robert Wilson, dont il possédait de nombreuses correspondances depuis leur rencontre au cours des répétitions d’Einstein on the Beach.

L’événement est piloté et co-financé par :
International Office | Hong Kong Baptist University
The Hong Kong Association of European Studies
The Community of Practice - Internationalisation of Teaching and Learning

publié le 12/11/2018

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