Conférence des ambassadeurs 2019, Paris

Retrouvez les discours prononcés par le Président de la République et le ministre des Affaires étrangères à la conférence des ambassadeurs et des ambassadrices (27-30 août 2019) :

Discours d’Emmanuel Macron (27 août 2019)

La diplomatie contemporaine est une diplomatie de mouvement et parfois nous sommes restés dans des guerres de tranchées qui nous empêchent. Soyez force de proposition, ayez cette audace, proposez à chaque fois. Et ayez aussi cette efficacité opérationnelle qui construit notre crédibilité pour bâtir et faire advenir les initiatives qui sont partout prises et avec soin, aussi sur le plan bilatéral que multilatéral, obtenir des résultats. Et ça je pense que c’est un élément profondément utile. Cette diplomatie de l’audace, du mouvement est essentielle si nous voulons rebâtir. Je le disais, nous avons pris des engagements pour essayer de convaincre les Américains que régler le problème du commerce international ça n’était pas simplement avoir des guerres commerciales.

Mais ceci ne fonctionne que si nous arrivons nous mêmes à réformer l’Organisation mondiale du commerce. Au fond ce que je vous demande c’est de ne plus être des experts mais d’être à la fois des connaisseurs et amis des peuples où vous êtes et des inventeurs d’une diplomatie à rénover. Dans le monde qui advient on a toujours besoin d’experts techniques mais si on a des experts partout on ne pense que le monde ancien parce que, par définition, les experts ne sont experts que de ce qui existe déjà. Et donc j’ai besoin d’experts sur certains sujets, de connaisseurs intimes mais je dis d’amis parce que je pense que c’est cela qu’il faut, d’entrepreneurs, d’innovateurs diplomatiques. Et je pense que ça n’est pas simplement une lubie, c’est ce dont nous avons profondément besoin. Et enfin, et le ministre aura à s’exprimer devant vous sur ce point, je sais que le Premier ministre y reviendra, beaucoup de changements aussi ont été faits qui ont bousculé vos vies mais au fond nous sommes efficaces quand nous faisons quoi ? Et je crois que c’est la vocation profonde de notre diplomatie : lorsque tout le clavier de l’État français travaille ensemble dans une même fin.

C’est des tas de sujets organisationnels, il ne m’appartient pas d’y entrer. Je sais bien qu’il y a eu beaucoup de sujets pour savoir si les services économiques devaient être dans le Quai d’Orsay, en dehors du Quai d’Orsay, la diplomatie climatique ceci ou cela. J’ai conscience des implications organisationnelles, parfois budgétaires que cela importe.

Mais je pense que ce qui est clé c’est que nous devons être efficaces. Et donc si on veut être efficace on doit partout avoir une France qui parle d’une seule voix et qui sait être à l’excellence sur chacun de ces sujets, et donc on doit s’en donner les moyens et jouer collectif. Et comme je le disais tout à l’heure, il nous faut avoir des assembliers qui portent la stratégie et qui soient accompagnés de bons spécialistes qui peuvent être efficaces. Si l’assemblier ne comprend pas le dossier il est inutile ; si le spécialiste n’a pas la stratégie d’ensemble il peut être dangereux. Comme nous avons tous envie d’avoir une stratégie cohérente, plutôt efficace je pense que cette amélioration organisationnelle est indispensable si nous voulons peser sur l’agenda numérique, sur l’agenda cyber, sur l’agenda spatial, sur l’agenda des grands standards technologiques et industriels qui est aussi au coeur de la diplomatie de demain.

Et donc là-dessus je souhaite qu’on puisse véritablement aussi innover. Je pense que quand je regarde comment beaucoup d’autres font, nous devons avoir des organisations qui dans le temps nous permettent de bien comprendre les peuples, les pays, les transitions régionales. Mais il faut sans doute avoir une vraie mobilité organisationnelle pour que lorsqu’il y a des priorités, il y ait des équipes-projets qui soient constituées et qui puissent mettre toute leur énergie sur le projet qui arrive et qui parfois nous conduit à revisiter des priorités. N’ayons pas une armée faite pour une guerre de tranchées quand la guerre actuelle est une guerre de mouvement. Cela nous impose aussi de revisiter parfois nos automatismes. Et cela ne vaut pas d’ailleurs que pour la diplomatie.

Cela vaut pour tout l’État. Je suis frappé comme vous de voir combien sur le plan de nos organisations ce qui est parfois une réalité budgétaire l’est pour nous, 95 %, ce sont des services votés. 95 % souvent des priorités. Ce sont les vies au quotidien. Et donc, les nouvelles priorités, c’est 5 % du temps alloué. Cela ne peut pas marcher. Donc il faut qu’on soit plus mobiles. Voilà Mesdames et messieurs. J’ai conscience d’avoir été long. Pour autant, je n’ai pas été exhaustif mais je voulais au-delà du G7 de ces derniers jours qui fut une formidable démonstration d’excellence de notre diplomatie, partager ces quelques convictions et vous donner ces quelques présentations. Nous avons, mesdames et messieurs, une diplomatie forte et cohérente.

Et je le dis parce que ça ne doit jamais être oublié. Comparons-nous et nous l’avons montré à chaque fois qu’il fallait mobiliser. Nous pouvons en être fiers et je veux ici le réaffirmer. Nous l’avons aussi parce que nous avons une armée forte, un État fort et je pense que c’est indispensable du coup de toujours continuer à réfléchir sur nous-mêmes. Mais je souhaite que cette diplomatie forte soit au service de la finalité stratégique que je viens d’évoquer. Celle dans un monde en basculement profond, de retrouver au fond le contrôle de notre destin. De redonner à notre peuple une part de maîtrise que nous lui devons et de réinsuffler ce projet de civilisation européenne que nous avons à porter, sur le plan politique, sur le plan stratégique, sur le plan culturel et sur le plan imaginaire. Notre diplomatie a un rôle essentiel à jouer en cette matière. Et ce nouvel humanisme auquel je crois, que nous avons à bâtir et qui doit être au coeur de la stratégie du gouvernement doit aussi être au cœur de notre diplomatie.

Et donc, je compte sur vous pour cela chaque jour. Je serai exigeant autant que je suis reconnaissant. Et je serai en tout cas toujours à vos côtés pour que la France soit au cœur de ces grands sujets, pour que nos concitoyens soient représentés partout avec force pour que nos intérêts soient défendus et qu’au-delà de nos intérêts, pour que nos valeurs soient partout portées. Je vous remercie. Vive la République et vive la France !"

publié le 04/09/2019

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