74e session de l’Assemblée générale des Nations unies

La 74e session de l’Assemblée générale des Nations unies a débuté au siège de l’organisation à New York le 17 septembre 2019.

Le débat général annuel s’ouvre le mardi 24 septembre. À cette occasion, les chefs d’État et de gouvernement et d’autres représentants nationaux de haut niveau se réunissent pour présenter leurs priorités et échanger sur les grands enjeux mondiaux.

Le président de la République, Emmanuel Macron, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, ainsi que le secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne, sont présents à New York.

Séance d’ouverture du Sommet de l’Organisation des Nations unies sur le climat à l’ONU - Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République (New York, 23 septembre 2019)

Merci beaucoup. Mesdames, Messieurs, chers collègues, Mesdames Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement, Mesdames Messieurs les Ministres et chers amis. Juste en quelques mots. D’abord moi j’ai été très frappé de l’émotion tout à l’heure lorsque quelques-uns des jeunes se sont exprimés. J’ai eu l’occasion d’échanger avec quelques autres. Nous avons dans beaucoup de nos pays chaque semaine depuis des mois et des mois nos jeunesses qui s’expriment. Et je crois qu’elles disent une urgence absolue à laquelle nous ne saurions répondre ici en disant « Tout va bien. Regardez, on fait ce qu’il faut ». Et cette urgence absolue nous dit une chose « vous n’allez pas assez vite. Même quand vous êtes conscients de ce qui ne va pas vous n’allez pas assez vite ». Elle nous dit aussi sans doute « vous ne nous associez pas suffisamment aux réponses que vous apportez » et donc j’en prends aussi ma part et je l’entends. Et donc je crois qu’aucun responsable politique ne peut rester sourd à cette exigence de justice entre les générations. Et je crois aujourd’hui que collectivement notre jeunesse, nos sociétés, nos entreprises, nos investisseurs, les chefs d’Etat et de gouvernement doivent réussir à reconstruire ce qui est une compréhension commune du monde, changer nos habitudes pour agir ensemble. Parce que sinon nous risquons d’avoir un dialogue de sourds pour longtemps entre la dénonciation à laquelle aucune action, au fond, ne suffit à répondre et de l’autre côté des listes d’actions qui ne sont jamais suffisantes et on se dirait à nous-mêmes « Regardez, on a déjà bien travaillé ». Le seul moyen d’avoir des sommets utiles d’agir utilement avec nos sociétés civiles et notre jeunesse c’est aussi d’échanger sur ce qu’on comprend ce qu’on ne comprend pas, comment on essaie de transformer notre système collectif pour répondre à cet impératif de la lutte contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité, et comment ensemble on arrive à construire des actions utiles. On a besoin de nos jeunesses dans nos pays pour nous dire d’aller plus vite. On a besoin de cette jeunesse pour nous aider à changer les choses, à réparer, à agir, à mettre plus de pression sur celles et ceux qui ne veulent pas bouger : États, financeurs, entreprises.

Dans ce cadre-là, ce que nous avons fait tous les trois, durant ces derniers mois et sous le mandat du Secrétaire général des Nations unies, c’est justement d’essayer d’avancer. Et je crois qu’il y a un agenda d’actions qui n’est pas dans la satisfaction de lui-même ou dans le contentement, mais qui peut être un agenda d’action positif. D’abord, nous devons collectivement, chefs d’État et de gouvernement, changer la rapidité de nos réponses, rester dans l’Accord de Paris et être pleinement en conformité avec ses objectifs.

Premièrement, moi je me félicite aujourd’hui qu’on ait eu la bonne nouvelle de la ratification de l’Accord de Paris par la Russie. Formidable nouvelle. Ce n’était pas attendu il y a quelques mois. Cela montre que les choses progressent. Vous pouvez les applaudir.

Deuxième chose, si on veut agir et aller fort, il faut aller vers la neutralité carbone 2050. On a bâti cette coalition qui ne cesse de grandir avec le ralliement du Chili, du Japon, de l’Italie, au G7 de Biarritz, l’Inde qui a donné des signes très forts. Je sais que la Chine est en train de bouger et c’est un élément essentiel.

Dans ce cadre-là, l’Europe doit faire plus. Et donc dès 2020, l’Europe doit prendre des décisions très claires pour pouvoir exaucer les voeux de la nouvelle présidente, Ursula von der Leyen, d’aller vers des réductions accrues de nos émissions à horizon 2030. Ce fameux moins 55% en 2030, il suppose que l’Europe prenne des décisions l’année prochaine, d’aller plus vite et plus fort sur un ETS ambitieux, un prix du carbone minimum qu’on doit rehausser et un mécanisme d’inclusion carbone aux frontières. C’est indispensable si l’Europe veut être à la hauteur de ce qu’elle se doit à elle-même. Et dans ce cadre-là, la France prendra ses responsabilités. Nous avons d’ores et déjà arrêté toute nouvelle exploration d’hydrocarbures sur le sol français et les dernières centrales à charbon auront fermé leurs portes avant 2022.

Maintenant le deuxième élément de cet agenda positif, c’est pour moi d’avoir un agenda commercial qui soit au service de l’agenda climatique. On croit, je crois, en tout cas une très large majorité d’entre nous croyons à un monde ouvert, à un monde d’échanges, à un monde où précisément on fait du commerce, ce qui est vecteur de paix, ce qui a permis de sortir beaucoup de nos concitoyens de la pauvreté.
Néanmoins, aujourd’hui, force est de constater que notre jeunesse, parfois nous-mêmes, ne comprenons plus rien au fonctionnement de ce monde. On veut collectivement reprendre le contrôle. On veut retrouver à la fois de la souveraineté au niveau régional, du contrôle de cela et du sens.

Et donc on ne peut plus avoir un agenda commercial qui soit contraire à notre agenda climatique. Il nous faut dans nos échanges être cohérents. Je ne suis plus favorable à ce qu’il y ait aujourd’hui un renforcement ou de nouvelles ouvertures de négociations commerciales avec des pays qui sont en contradiction avec l’Accord de Paris. Je pense que ce serait une hypocrisie profonde de tous les débats qu’on est en train d’avoir aujourd’hui et les jours précédents. Et nous devons bâtir, au moins au niveau européen - puisque c’est à ce niveau-là en tant que Français que je vous parle et qu’on a une action utile, - un agenda commercial qui vise le zéro carbone et la zéro déforestation importée. C’est indispensable. C’est un changement profond, c’est une vraie révolution, mais cela suppose de ne pas arrêter l’importation de certaines activités en totalité, mais de dire que quand on importe et que telle activité peut avoir une conséquence négative en termes de déforestation, il fau t que ce soit compensé et que ce soit intégré. Sinon nous continuerons à avoir des beaux discours et un agenda commercial qui fait exactement le contraire. C’est un travail essentiel.

Et puis enfin sur le plan financier, il nous faut, là aussi, nous mettre en cohérence avec nos actions. Ce souci de cohérence, c’est d’arrêter de financer à l’extérieur des projets d’infrastructures carbonées. On ne peut pas dire ici on est pour lutter contre justement le réchauffement climatique, pour la biodiversité, et continuer à financer dans d’autres pays des infrastructures qui polluent, qui augmentent les émissions de CO2, et qui font exactement le contraire. Et donc, nous devons le faire nous-mêmes, chacun d’entre nous, dans nos agendas commerciaux et de financement, et nous avons sur ce point franchi une étape dans le cadre de l’International development finance club où des engagements ont été pris et annoncés hier de financer mille milliards de dollars pour le climat à horizon 2025. C’est un premier geste. Le but c’est d’aller vers ces quatre trillions, donc on a encore du chemin, mais c’est un premier élément. On va accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, la poursuite du retrait du charbon, favoriser l’accès direct des pays du Sud aux financements internationaux. On a beaucoup de pays ici présents qui s’engagent dans cet agenda qui est absolument essentiel et auquel nous tenons beaucoup. Dans un instant le Premier ministre de la Jamaïque et l’émir du Qatar vont rendre compte de notre agenda et de notre mandat sur les 100 milliards qui doivent être mobilisés d’ici 2020, qui est absolument essentiel pour aider les pays en développement à rattraper, et pour avoir un agenda de justice climatique et de justice sociale et de vrai développement.

Je veux dire un tout dernier mot pour conclure. La priorité immédiate est le Fonds vert. La conférence de recapitalisation se tiendra à Paris dans un mois, le 24 et 25 octobre. Sa gouvernance a été réformée cet été pour plus d’efficacité et d’accessibilité. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la France ont doublé leur contribution. La France mettra 1,5 milliard d’euros dans le fonds à 80% sous forme de dons. La Norvège a elle aussi doublé sa contribution. Hier, le Danemark, la Suède se sont joints aux pays qui doublent leur contribution. Les Pays-Bas l’ont augmenté. Nous sommes, au moment où je vous parle, à 7 milliards de dollars. La cible est d’atteindre 10 milliards de dollars pour aussi compenser le retrait américain. Il y aura peut-être une bonne nouvelle américaine, je l’espère, durant cette assemblée générale. Mais j’appelle donc, ici, chacun d’entre vous, pour qui ne l’a pas fait, j’appelle chacun d’entre vous pour qui ne l’a pas fait à rehausser sa contribution au Fonds vert. Je sais que nos amis Japonais attendent beaucoup de cela aussi, il faut qu’ils fassent leurs annonces. Je sais que l’émir du Qatar a des grandes nouvelles à faire. Donc je compte, chacun, sur vous, des actes, des actes, des actes. On ne peut pas laisser notre jeunesse passer tous les vendredis à manifester. On ne peut pas voir notre jeunesse dans l’état de souffrance parfois, d’émotions qu’on a vu tout à l’heure et simplement dire « on fait tout bien ». On est encore loin du compte, mais continuons à agir ensemble. Merci./.

Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République, lors de la conférence relative à la protection de l’Amazonie à l’ONU (New York, 23 septembre 2019)

Merci Président. Merci Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement. Merci Mesdames et Messieurs les lauréats pour vos témoignages et vos actions.

Vous avez tout dit, donc je vais être très rapide sur les enjeux. En 50 ans, près de 20% de la forêt amazonienne a disparu et 25% des forêts de mangroves. Et vous avez rappelé, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, en matière de lutte pour la biodiversité, combien la forêt amazonienne, comme le bassin du Congo, était essentielle à notre humanité. Donc je ne serai pas plus long sur les enjeux.

Si nous avons pris cette initiative, c’est en effet parce que ces incendies, je dirais, ont ému la planète entière au moment où le G7 se réunissait et aussi parce que la France, vous l’avez rappelé, a elle-même une présence en Amazonie par la Guyane. C’est pourquoi je laisserai dans quelques instants le président Rodolphe Alexandre s’exprimer partageant mon temps avec lui. Et je veux remercier aussi le grand chef coutumier de sa présence avec nous aujourd’hui qui témoigne aussi de l’implication de l’ensemble des populations dans ce projet. Et ils rappelleront aussi ce que nous voulons faire dans, si je puis dire, notre part d’Amazonie et le faire avec toutes et tous.

Beaucoup de choses ont été faites. Et je le dis d’autant plus facilement que la France n’a pas été leader de ces actions. Et je veux vraiment remercier la Norvège et l’Allemagne qui, je pense pouvoir le dire, dans les pays qui se sont engagés et ont donné, ont assuré un leadership tout particulier en versant plus d’un milliard de dollars au Fonds amazonien créé en 2008, en mobilisant aussi les initiatives avec le GAFI pour la forêt d’Afrique centrale, et en étant depuis plus de 10 ans extrêmement engagés sur ce sujet.

Vous avez rappelé aussi les initiatives plus récentes. Et nous avons au G7 sonné l’alerte ensemble, Président. Vous avez ensuite à Laetitia, où les pays de la région se sont réunis, défini les principes de conservation et de développement durable de l’Amazonie. Ce qui a été, je pense, une étape essentielle.

Et là, nous nous réunissons. Nous mobilisons en quelque sorte cette alliance qui en réunissant tous les acteurs pertinents et nécessaires doit pouvoir être efficace. Les États, les bailleurs, les ONG, les organisations internationales, les gouvernements régionaux, les populations autochtones. On va se parler franchement. Quels sont nos risques ? Il y en a un premier. L’éléphant dans la pièce ou plutôt celui qui n’y est pas : le Brésil. Tout le monde se dit : comment vous allez faire sans le Brésil ? Le Brésil est le bienvenu. Et je pense que tout le monde a envie de travailler avec le Brésil. Deux États dans la salle se sont engagés. Et je crois que vous avez fait un très gros travail, je veux remercier les présidents de la région, pour convaincre tous les États de la région. Moi je pense que ça viendra. Je pense qu’il faut avoir une démarche comme on l’a aujourd’hui extrêmement inclusive. Respectueuse de chacun. Et c’est l’esprit dans lequel on a lancé tout cela. Et j’ai bon espoir que les prochaines semaines et les prochains mois permettront d’avoir des solutions politiques qui permettent d’avancer.

La deuxième chose, le deuxième écueil de notre initiative c’est qu’on se réunisse et qu’on dise des chiffres, des paroles et que, derrière, il n’y ait pas de résultats. Vous l’avez dit, et quand je regarde les choses c’est ce qui m’inquiète parce qu’on a, au fond, le Fonds amazonien qui a été suspendu, enfin qu’aujourd’hui on suspend parce que le Brésil ne prend pas en compte l’intégralité justement de la forêt amazonienne et les critères qui avaient été définis par les bailleurs. Il y a le Fonds PROGREEN très important annoncé par la Banque mondiale il y a quelques instants, sur une durée de 7 ans pour toucher l’ensemble donc des zones forestières, avec des contributions très fortes, en particulier de l’Allemagne que je remercie encore. La Banque interaméricaine de développement, avec le Natural Capital LAB que vous avez évoqué, qui est sur la biodiversité mais peut-être pas uniquement focalisé sur l’Amazonie. On a l’aide bilatérale, je parle sous le contrôle de Donald Tu sk qui est là, mobilisé aussi, mais l’Union européenne par exemple c’est 280 millions d’euros répartis entre les différents programmes de coopération. On a tous les projets bilatéraux, on a le secteur non-gouvernemental et l’organisation par exemple Conservation International, cher Harrison, qui a une action extrêmement efficace.

Le risque c’est la dispersion, le risque c’est la lenteur et le risque à la fin c’est l’inefficacité. Donc il me semble qu’aujourd’hui on doit essayer de se donner des objectifs d’action et une méthode. À nous écouter et pour avoir échangé avec beaucoup d’entre vous, je pense qu’on peut se dire qu’on a 6 objectifs d’action. Le premier : préserver la biodiversité dans la gestion des aires protégées, la lutte contre les incendies, l’abattage illégal etc. La deuxième chose c’est le développement d’une chaîne de valeurs durables dans les territoires forestiers, c’est-à-dire encourager les produits dérivés de la biodiversité, l’agroforesterie, la promotion de la certification territoriale et des pratiques agricoles, la zéro déforestation et donc tout un travail aussi avec l’industrie agroalimentaire pour changer les choses avec nos propres exigences commerciales et les principes qu’on se donne à nous-mêmes. Troisième objectif, c’est la formulation de pratiques de gestion durabl e des sols et des forêts en concertation avec les populations locales et les acteurs de terrain. Quatrième principe, c’est la promotion des pratiques et savoirs traditionnels, vous l’avez parfaitement expliqué en éclairant avec vos exemples, en montrant qu’on avait des solutions dans les pratiques traditionnelles. Le cinquième principe, c’est la coopération transfrontalière pour les aires protégées et le sixième, c’est la rapidité et, si je puis dire, le caractère évaluable de l’action qu’on va mener. On doit privilégier les canaux qui vont rapidement vers les initiatives des populations et qu’on puisse évaluer ce qu’on a fait et pas se retrouver bloqué en ayant investi dans tel ou tel véhicule pour dire qu’on investit et se réveiller 6 mois ou un an plus tard en se disant : ce n’est pas allé sur les populations locales. Je crois que si on tient ces 6 principes on peut avoir une action efficace.

Donc ce que je propose peut-être, à l’issue de cette réunion dans la lignée de mes deux prédécesseurs, c’est que chacun désigne là, maintenant, une équipe de travail, qu’on puisse ensemble, État-bailleur, État-partenaire et acteurs clés de la société civile définir maintenant la méthode très précise, la gouvernance pour qu’au moment de la COP au Chili on puisse définir ce plan d’action et déjà le calendrier des premiers projets. Il y a plusieurs projets qui attendent de l’argent, des financements, et donc je pense qu’ils ont surtout besoin maintenant d’avoir un calendrier très clair de notre part, nos règles posées sur le papier et nos critères et qu’on puisse ensuite aller vite et clairement.

Voilà les quelques éléments clés, dans ces conditions la France contribuera à hauteur de 200 millions de dollars sur ce sujet et ces initiatives. Et je sais ce qui est attendu de nos amis amazoniens comme africains parce qu’il y a énormément de choses à faire. Je cède la parole au président Alexandre./.

Conférence de presse de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (New York, 22 septembre 2019)

Mesdames et Messieurs,

Demain, la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies va s’ouvrir dans un contexte d’instabilité internationale. C’est dans ces heures de tension aiguë que nous mesurons la valeur de cette enceinte, l’opportunité qu’elle offre de dialoguer, l’opportunité qu’elle offre de désamorcer, en dernier ressort, les engrenages dangereux. Nous abordons cette semaine de haut niveau avec les convictions qui sont au fondement de notre action internationale : une confiance résolue dans le multilatéralisme et la détermination à agir pour faire baisser les tensions et rechercher des solutions négociées aux crises.

Mais les objectifs de cette semaine de haut niveau ne se résument pas au temps court de l’actualité. Un mois exactement après le Sommet de Biarritz, nous voulons pousser plus loin les engagements concrets pris par le G7 pour l’avenir de notre planète, et pour les générations à venir. Dans un monde en état d’urgence climatique, en proie à la violence et aux inégalités, un monde bouleversé par la révolution numérique, l’objectif de notre mobilisation – de la mobilisation du Président de la République – sera aussi de mettre les moyens des Nations unies au service des solutions de demain.

Le climat est la priorité absolue de notre action, et celle du déplacement du Président de la République à New York.

La situation est grave. Les voyants sont au rouge. Comme nous le disent les derniers rapports du GIEC, à la fois sur les sols et sur les océans. Mais le GIEC nous dit aussi que il n’est pas trop tard pour un sursaut. La société civile, les jeunes en particulier comme cela a été le cas vendredi dernier, nous poussent à agir plus et à agir plus vite. Nous entendons ce message. Nous avons pour cela besoin d’une mobilisation plus forte et au plus haut niveau. Le Sommet sur l’action climatique qui se tiendra demain, à l’initiative du Secrétaire général, témoigne de cette prise de conscience collective. Il s’intègre dans une séquence forte sur les questions climatiques, entre le Sommet du G7 de Biarritz, qui a pris nombreuses initiatives, y compris la mise en œuvre de coalitions sur le transport maritime, sur la climatisation, sur le textile, entre le Sommet G7 de Biarritz et la COP25 de Santiago début décembre, en passant par la reconstitution du Fonds vert fin octobre à Paris.

La priorité, l’urgence, c’est de mettre en œuvre l’Accord de Paris pour pouvoir contenir la hausse de température à 2 degrés, voire si possible à 1,5. Et pour cela il y a le processus indispensable des COP. Le Président Macron participera demain à une réunion pour travailler au succès de la COP25 avec plusieurs chefs d’Etat, dont le Président Piñera, qui accueillera la COP25, la Chancelière Merkel, ou le chef du gouvernement italien M. Conte. Cette rencontre sera un jalon important et permettra aussi d’entrevoir les perspectives de la COP26 de Glasgow, date prévue pour le rehaussement des NDC [Contributions déterminées au niveau national] de la part des Etats parties à l’Accord de Paris.

Il y a aussi urgence au plan financier. Nous devons remplir l’objectif en 2020 de pourvoir 100 milliards de dollars par an aux pays du Sud pour financer la lutte contre le changement climatique. Cet objectif est en voie d’être atteint puisque l’OCDE nous dit dans un rapport très récent que nous sommes en avance sur les temps de passage et que nous avons déjà atteint 71 milliards en 2017. Il y a cet enjeu-là qui est en bonne voie, mais il y aussi l’enjeu de la reconstitution du Fonds vert ; la France a décidé de doubler sa contribution par rapport au précédent Fonds, avec 1,7 milliards de dollars.

Il est enfin nécessaire de faire évoluer nos pratiques économiques et financières pour que l’ensemble des acteurs intègrent les risques climatiques dans leurs investissements et que la finance privée soit davantage drainée vers des actions contribuant à la lutte contre le changement climatique.

Le Président Macron, à qui le Secrétaire général des Nations unies a donné une mission sur cette question avec la Jamaïque et le Qatar, présentera des propositions demain.

Il y a enfin la mobilisation diplomatique. La position américaine est connue, mais les lignes ont commencé à bouger avec les autres acteurs et nous avons convaincu la Russie de lancer la ratification des Accords de Paris.

Et en dernier lieu, le lien avec la biodiversité, et c’est une priorité très forte. Elle sera au cœur de notre action l’an prochain avec le Congrès mondial de l’union internationale pour la conservation de la nature à Marseille en juin 2020, puis la COP biodiversité à Pékin en octobre, tout cela doit nous permettre d’aller plus loin.

En matière de climat, le rôle de la forêt amazonienne et des forêts tropicales de la planète est primordial pour la régulation climatique de notre planète et la sauvegarde de la biodiversité. Et son avenir nous concerne tous. Il nous faut désormais, dans le respect de la souveraineté de chacun, conjuguer nos efforts, pays de la région amazonienne et bailleurs de fonds, pour trouver ensemble de nouvelles voies en faveur d’un développement économique respectueux de cet espace unique. C’est pourquoi, avec le Chili et la Colombie, la France proposera le lancement d’une Initiative pour la préservation des forêts tropicales, permettant de rassembler l’ensemble des acteurs concernés, notamment les Etats de la région amazonienne et différents acteurs de la société civile.

La seconde priorité du déplacement du Président de la République, c’est la santé mondiale. La mobilisation que nous avons su impulser avec nos partenaires a permis de faire reculer les grandes pandémies : depuis 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose a contribué à sauver plus de 32 millions de vies. Cependant, le risque d’un retour en arrière est aujourd’hui réel. La résurgence des épidémies et les résistances aux traitements et aux insecticides menacent les progrès accomplis. L’équation est simple : si nous voulons nous donner les moyens de sauver 16 millions de vies supplémentaires et d’éliminer le sida, la tuberculose et le paludisme d’ici 2030, comme le prévoient les ODD, nous devons réussir à réunir au moins 14 milliards de dollars. Et la France mettra à profit cette semaine pour continuer à mobiliser nos partenaires, en vue de la conférence de reconstitution du Fonds, qui se tiendra à Lyon, les 9-10 octobre prochains.

Le troisième défi global qui nous préoccupe, c’est le numérique. Les ennemis de la démocratie ont rapidement trouvé comment utiliser les nouvelles technologies de l’information à leurs propres fins. Les menaces sont de plus en plus nombreuses et mettent en péril nos institutions, et parfois notre souveraineté. C’est pourquoi la France défend un ordre international du cyberespace fondé sur le droit international, afin que l’espace numérique demeure un espace de liberté, d’échange et de croissance.

La France et la Nouvelle-Zélande ont lancé en mai dernier l’Appel de Christchurch qui entend lutter contre la diffusion de contenus terroristes et violents en ligne, privilégiant la transparence, l’ouverture et la collaboration avec les plateformes et la société civile. Cette initiative s’inscrit dans la lignée des efforts engagés par la France au sein de l’Union européenne, s’inscrit dans la lignée des initiatives engagées au sein de l’OCDE, du G7, du G20, et évidemment des Nations unies. L’objectif de la réunion qui se tiendra demain est clair : lutter contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes dans le respect des droits de l’Homme, des libertés fondamentales et des principes d’un Internet libre, ouvert et sûr.

Nous devons faire du numérique un outil de promotion de la démocratie : pour accroître la transparence, pour enrichir l’accès à l’éducation, à la connaissance, à la culture. C’est dans ce cadre que nous avons pris l’initiative, avec Reporters sans frontières, d’un nouveau partenariat – le Partenariat pour l’information et la démocratie, qui repose sur la coopération des Etats, des géants du numérique et des professionnels des médias, et qui repose aussi sur la société civile. Il sera endossé par 18 Etats partenaires dans quelques jours. Son objectif est de garantir l’accès de chacun à une information indépendante, plurielle et fiable, à l’heure de la prolifération des manipulations de l’information.

Mesdames et Messieurs,

La France s’impliquera également dans de nombreuses séquences de travail consacrées au traitement des crises. En plus des réunions auxquelles je participerai et des entretiens bilatéraux que j’aurai avec mes homologues, je présiderai mardi soir une réunion des Ministres des Affaires étrangères du G7 et, jeudi, j’aurai l’occasion d’échanger avec les Ministres des Affaires étrangères du G5 et le Secrétaire général, M. Guterres.

Permettez-moi de vous rappeler, sur chacun des dossiers qui seront abordés cette semaine, nos priorités et nos attentes.

En commençant par la crise du Golfe qui est au cœur de l’actualité. Face à la montée des tensions au Moyen-Orient, nos objectifs sont constants : faire en sorte que l’Iran ne puisse jamais se doter de l’arme nucléaire, mais aussi, en même temps, préserver la paix et la stabilité dans la région. Les attaques conduites contre l’Arabie saoudite le 14 septembre constituent un tournant, par leur ampleur, par leurs conséquences. Nous continuons d’en analyser les causes sur la base du travail des experts français dépêchés sur place. Toute la lumière doit être faite car, je l’ai dit cette semaine, la revendication de cette attaque par les Houthis nous paraît peu crédible.

Dans ce contexte très grave, l’Assemblée générale des Nations unies doit être l’occasion de poser des actes politiques en réponse à cette situation de crise. D’abord, la solidarité avec notre partenaire saoudien qui a subi un acte grave, et nous aurons cette semaine des consultations avec nos partenaires du Golfe. Et deuxièmement, la recherche de paramètres d’une désescalade qui passe à la fois par une réponse politique ferme à ces attaques, et par le dialogue sur la sécurité régionale, et évidemment en premier lieu sur la question des missiles dont je vous rappelle que nous avons fait une priorité de notre action diplomatique depuis 2017 – je rappelle le discours prononcé ici par le Président Macron à l’Assemblée générale des Nations unies de septembre 2017. Mais rien de tout ceci ne saurait être atteint sans la préservation de l’Accord de Vienne dans lequel nous attendons de l’Iran qu’il revienne en pleine conformité car l’affaiblissement de cet Accord ne ferait qu’accentuer les risques de conflictualité liés à la question du nucléaire iranien. Nous aurons, sur tous ces sujets, le Président de la République lui-même, des échanges avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, car l’unité du groupe E3 est un atout majeur de l’Europe pour peser de manière autonome sur ce dossier qui engage ses intérêts.

S’agissant de la Libye, nous savons tous que la voie des armes est une impasse. La trêve observée lors de l’Aïd, à laquelle la France a activement contribué en soutien des Nation unies, montre qu’un chemin vers la paix existe. Ce chemin passe par un cessez-le-feu et un retour au processus politique. Je tiens à saluer les efforts entrepris en ce sens par le Secrétaire général des Nations unies et par son Représentant spécial. Lors du Sommet de Biarritz, le G7 a exprimé un soutien clair à la tenue d’une conférence internationale inclusive, qui sera suivie d’une conférence inter-libyenne associant l’Union africaine. Les grands principes d’une solution politique on les connaît, ils ont été posés déjà à Paris, à Palerme, à Abu Dhabi, lors de réunions antérieures. Il faut repartir de là pour aller vers une solution politique durable. C’est nécessaire pour les Libyens, c’est nécessaire pour la stabilité de l’Afrique du Nord et du Sahel, mais c’est aussi nécessaire pour la sécurité de l’Europe. Et c’est également indispensable pour mettre un terme à la situation des migrants en Libye qui n’est plus acceptable. Mais pour cela, la première condition est l’unité de la communauté internationale, et en particulier l’unité des acteurs régionaux. Nous en parlerons jeudi, en présence du Secrétaire général des Nations unies, à l’occasion d’une réunion que je présiderai aux côtés de mon homologue italien, et à laquelle nous avons souhaité associer les acteurs régionaux les plus influents, c’est-à-dire le P5 – les membres permanents du Conseil de sécurité – plus l’Allemagne, l’Italie, les Emirats arabes unis, l’Egypte et la Turquie, et les organisations régionales que sont l’Union européenne, l’Union africaine, et la Ligue arabe.

La Syrie figure aussi parmi nos priorités. Sur le terrain, la lutte contre le terrorisme demeure notre premier objectif, car Daech reste une menace, pour le Moyen-Orient, pour l’Europe, pour notre sécurité nationale. Après la défaite territoriale de Daech, l’enjeu est d’éradiquer les réseaux terroristes, dont les attentats se renouvellent en Syrie et en Irak, et d’agir pour éliminer les facteurs qui ont permis à Daech de s’implanter. L’enjeu, c’est aussi de faire en sorte que les crimes de Daech ne restent pas impunis : c’est l’objectif de la réunion organisée par l’Irak et les Pays-Bas jeudi, à laquelle je participerai. Nous sommes particulièrement attentifs à la situation dans le Nord-ouest du pays, où le régime et ses alliés s’entêtent dans une opération militaire aveugle, dont les premières victimes sont les civils, et dont le risque est la dispersion des éléments terroristes présents à Idlib. Le cadre pour sortir de la crise nous le connaissons. Il a été fixé par la résolution 2254 du Conseil de sécurité. Sur cette base, et au-delà de la première étape que constitue la formation du Comité constitutionnel, nous devons construire un processus politique global et inclusif et nous nous tenons pour cela aux côtés du Secrétaire général des Nations unies et de son Envoyé spécial.

Au Sahel, nous poursuivons notre effort politique de développement et de sécurité. Lors du G7 de Biarritz, le Président de la République, la Chancelière Merkel et le Président Kaboré ont proposé de lancer un nouveau Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel. L’objectif de cette initiative est d’une part d’élargir le périmètre des soutiens de la communauté internationale à tous les acteurs régionaux, du golfe de Guinée au bassin du lac Tchad, en s’appuyant sur la Force conjointe du G5 Sahel qui garde toute sa pertinence. L’objectif c’est aussi d’élargir davantage le soutien aux forces de sécurité intérieure afin de mieux lutter contre les trafics et la criminalité qui alimentent les conflits. Nous apporterons plus de coordination et nous favoriserons les réformes des forces des secteurs de sécurité dans cette dynamique. Il y aura à cet égard une rencontre avant la fin de l’année, et je présenterai ce Partenariat pour la sécurité et la stabilité du Sahel mercredi, avec mon homologue allemand Heiko Maas au cours d’un évènement organisé par le Secrétaire général M. Guterres. Et je présenterai avec mon collègue Heiko Maas le même dispositif et la même initiative le lendemain à une séance du Conseil de sécurité consacrée à ce sujet.

Enfin, j’aurai l’occasion d’aborder la crise ukrainienne avec mes homologues, alors que certains développements encourageants viennent de se produire, je pense, en particulier, à l’échange de prisonniers du 7 septembre, le plus important depuis le début du conflit. Ces avancées doivent permettre de retrouver la confiance entre les différents acteurs, en vue d’une nouvelle réunion potentielle des chefs d’Etat et de gouvernement en format Normandie. Les quatre chefs d’Etat du format Normandie en conviennent, même si c’est avec prudence : cette rencontre au plus haut niveau pourrait insuffler une dynamique nouvelle au processus de négociation et ouvrir la voie, à terme, à un règlement du conflit.

Je voudrais pour finir vous dire un mot de notre méthode. Les symptômes d’un véritable ensauvagement du monde s’accumulent et mettent en péril l’édifice multilatéral que nous avons collectivement élaboré, pour tirer les leçons des deux grandes guerres mondiales : déchaînement de la violence dans les conflits, qui font de plus en plus de victimes ; discours contestant l’universalité des principes qui régissent l’action internationale ; repli sur soi, unilatéralisme, nationalisme. Notre conviction, c’est que nous devons réagir et protéger cet édifice, consacré par les traités internationaux, patiemment construit par les forces de progrès. Cet édifice ne menace en rien la souveraineté de nos pays. Bien au contraire, il en est la garantie et nous protège collectivement de la loi du plus fort.

Je pense d’abord au droit international humanitaire qui énonce les règles élémentaires d’humanité dans la guerre et qui vise à protéger les civils. 70 ans après les Conventions de Genève, la France porte avec l’Allemagne un Appel à l’action pour les personnels humanitaires, pour que ceux qui apportent aux civils les premiers secours, les premiers soins dans les zones de guerre ne soient plus pris pour cibles. 26 Etats l’ont déjà rejointe.

Face aux crises qui traversent le monde contemporain, un multilatéralisme efficace, fondé sur le droit, sur le respect des règles communes, constitue le meilleur gage de règlement des conflits et des défis auxquels nous sommes tous confrontés. Le multilatéralisme, c’est tout à la fois une méthode et un objectif : une méthode, car il repose sur l’idée que le dialogue apaisé de nations responsables et engagées est la meilleure chance du succès ; un objectif, car nous partageons la conviction qu’un monde régi par le multilatéralisme est plus respectueux de la souveraineté des Etats et plus à même de créer les conditions de la paix et du développement. En un mot – le multilatéralisme, c’est un humanisme.

Rappeler ces orientations, qui plus est ici à l’ONU – clé de voute du système multilatéral – n’est plus aujourd’hui ni une banalité, ni une évidence. Face au doute, face au cynisme, face aux remises en question, face aussi aux difficultés auxquelles peuvent être confrontées les organisations internationales, il est nécessaire de réaffirmer notre engagement dans le multilatéralisme.

Croire au multilatéralisme, ce n’est pas seulement répéter un mantra, c’est aussi agir : et pour compenser les engagements insuffisants par rapport à nos besoins globaux, c’est agir aussi pour réformer et moderniser les organisations existantes, et c’est agir pour mener des initiatives fortes là où le besoin s’en fait sentir, et en particulier là où la gouvernance est absente ou inexistante.

C’est pourquoi la France, l’Allemagne, le Japon, le Canada, rejoints depuis par le Chili, le Mexique, Singapour, et le Ghana et d’autres, ont été à l’initiative de la création d’une « Alliance pour le multilatéralisme », pour donner une voix à l’immense majorité des Etats qui croient en l’efficacité de la coopération internationale. Plus de 50 ministres de toutes les régions du monde ont déjà confirmé leur présence à cette initiative qui aura lieu pendant la semaine qui vient. J’invite donc tous les partenaires de bonne volonté – Etats, acteurs de la société civile, organisations internationales - à participer à cette réunion de haut niveau qui se tiendra pendant cette semaine.

Car je crois au fond que la meilleure réponse que nous pouvons adresser aux discours destructeurs de ceux qui remettent en cause l’ordre international, c’est de porter un projet d’humanisme au XXIème siècle, de porter un agenda positif pour le multilatéralisme au service des principes universels qui sont l’essence même des Nations unies où nous allons nous trouver pendant une semaine. Merci de votre attention.

Pour en savoir plus, consultez le dossier consacré à la 74e Assemblée générale des Nations Unies sur le site de l’Elysée : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/74e-assemblee-generale-des-nations-unies

publié le 02/10/2019

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